Des mots, une histoire n°82

   Je me relance dans ce jeux d’écriture que j’appréciais tant proposé par Olivia.

La liste des mots cette semaine est:  pièce – progresser – ricaner – dépenaillé – aller – hoqueter – affaires – doué – cygne – tournée – auparavant – supporter – frère – surface – chercheur – projectile

Les lumières se tamisent, les spectateurs se font silence, le rideau se lève… La pièce tant attendue commence enfin. Arnaud est sur scène vêtu d’un costume marron tout dépenaillé censé représenté celui d’un chercheur devenu  SDF. Mes mains novices en matière de couture ont tant bien que mal essayé de reproduire l’effet escompté. Je jette de furtifs regards pour voir la réaction des personnes assises autour de moi à la recherche d’une quelconque reconnaissance sur mes talents de couturière. Hormis mon frère de 12 ans , que je me dois de supporter, hoquetant des suites de sa crise de larmes car ne voulant pas venir au théâtre, deux trois femmes blondes en train de ricaner au sujet de je ne sais quelle ânerie et de deux ados se jetant des projectiles confectionnés grâce au programme de ce soir, je ne repère aucune manifestation concernant le costume de mon grand frère.

Premières répliques, premier monologue et la voix d’Arnaud, profonde et charismatique, fait taire en quelques secondes le peu de bavards restant dans la salle. Il faut dire que c’est un comédien très doué, repéré depuis ses 10 ans par un professeur de théâtre, connu auparavant pour son talent d’acteur dans bon nombre de pièces réputées. Grâce au cours prodigué à mon frère, ce professeur a très vite fait progresser Arnaud et la tournée dont il fait partie aujourd’hui en est l’ultime récompense. Son rêve se réalise, il est enfin aller jouer à Paris.

Apparition d’un cygne sur la scène… je n’ai jamais vraiment compris la présence de ce personnage dans une pièce où le sujet tourne autour de la crise financière mais l’originalité du metteur en scène ne me surprend plus.

Les scènes se suivent les unes après  les autres, Arnaud occupe à lui seule toute la surface de la scène malgré la présence des autres acteurs tant son jeux est fluide et naturel. Le thème de la pièce m’échappe mais je n’ai d’yeux que pour lui, lui auprès duquel j’ai grandi et qui ne cessera jamais de me fasciner.

Tout le monde se lève, les spectateurs hurlent le nom d’Arnaud tandis qu’il saluent avec les autres comédiens et s’apprête à se retirer de la scène. Alors que je ramasse mes affaires, une personne m’interpèle derrière moi et j’entends la voix grave et rauque que je n’ai pas entendu depuis plus de 10 ans:  » Ton frère a vraiment du talent. Je suis si fière de vous mes enfants ».

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Des mots une histoire N°3

Nous voilà de retour avec les exercices d’écritures d’Olivia.

Cette semaine, les mots imposés sont:

carnaval – rustique – maîtresse – avant – pyramide – pléiade – nostalgie – dromadaire – pintade – tisane – festoyer – caravane – virus – statue – menteur – désert – propolis – pins – rallye – oasis – felouque – ministre – moucharabieh – divinité – découverte

Assis devant sa télévision à essayer de se concentrer sur les explications d’un journaliste concernant  les moucharabieh dans les pays arabes, Pascal, nostalgique, lové dans son canapé, attendait patiemment que sa tisane refroidisse. Il la faisait toujours bouillante en ces temps de grands froids pour profiter de la chaleur réparatrice de la tasse et réchauffer ses mains glacées avant de commencer à la boire.

Les paysages de l’Afrique de Nord défilant sous ses yeux le ramenaient aux souvenirs de sa première rencontre avec Anna en Egypte. Cinq ans plus tôt, il avait décidé de partir découvrir ce pays des divinités et avait rejoint un groupe de touriste pour deux semaines d’excursions parmis les oasis et les  rues chargées du Caire.

Un carnaval de senteurs les avait acceuilli à leur descente du bus. Jour de marché, les odeurs d’épices, de pins, d’ail, d’oignons mélangées à celle de la propolis (connue pour ces vertues contre les virus) et du lotus les avaient transportés immédiatement dans un tourbillon de sens encore inconnu. Des pintades couraient entre leurs jambes et des enfants venus de nul part se mirent à accourir vers eux en tentant de leur vendre de petites statues à l’éphigie du roi Ramsès.

L’hôtel était confortable quoiqu’un peu rustique et Pascal s’était déjà installé sur la terrasse à feuilleter le programme de la journée du lendemain. C’est alors qu’elle était apparue. Resplendissante dans un sarouel blanc, sa peau mâte,  son regard d’un noir pénétrant la faisait ressembler à ces maîtresses de l’Egypte ancienne et sa démarche pleine de grâce troubla immédiatement Pascal. Elle vint s’asseoir à ses côtés, sans parler, et ses yeux reflétèrent alors une timidité qui n’échappa pas à Pascal.

– Puis-je regarder le programme avec vous, j’ai égaré le mien? demanda-t-elle.

– Avec plaisir, oui. L’intonation de sa voix menti sur son assurance et révéla un tremblement laissant transparaître son trouble face à Anna.

Après de brèves présentations, ils explorèrent ensemble les différentes propositions d’excursions et découvrirent un important choix de visites. Balades à dos de dromadaires et nuits en plein désert dans des caravanes, visites des pyramides et de leurs labyrinthes, promenades en felouque ou rallye en quad, les deux jeunes gens ne savaient que choisirent.

Ils décidèrent finalement d’aller voir les pyramides le lendemain et Pascal, non sans une certaine joie de voir une aussi belle femme s’intéresser à lui et désireuse d’orienter le choix de ses visites en fonction de lui,  proposa à Anna une balade dans la ville avant de festoyer pour leur arrivée avec les autres touristes.

En attendant qu’Anna se prépare, Pascal faisait les cents pas dans le hall de l’hôtel et son intérêt volontairement marqué pour les volumes de la Pleïade dans la bibliothèque ou encore sa contemplation de la photo des ministres égyptiens mise en valeur au dessus de l’accueil ne faisaient que masquer son excitation à l’idée d’aller explorer la ville en compagnie de la femme la plus charmante qu’il ai jamais rencontré. Il la vit descendre les escaliers. Elle avait troqué son sarouel pour un pantalon plus confortable. Ses cheveux désormais attachés laissaient voir une nuque grâcieuse et son sourire légèrement naissant sur ses lèvres confirma à Pascal que son attirance était bel et bien réciproque.

Des mots une histoire N°2

Nouveau jeu d’écriture cette semaine proposé pas Olivia Billington avec les mots suivants:

mécréant – certificat – douche – bises – givré – gluten – adresse – rafale – tendresse – excuse – bruire – catastrophe – autarcie – perce – vaporeux – rugby – découverte – ivresse – possible – carte – intimité – espiègle – pile – prière – page – licorne – aphrodisiaque

Après l’euphorie des retrouvailles, les embrassades et les échanges de cadeaux traditionnels, Anna, assise dans un coin du salon, se laissait à apprécier ce sentiment de bien être que l’on ressent lorsque l’on retrouve ses marques, ses odeurs, son intimité. Issue d’une  famille de mécréants, le réveillon de Noêl n’avait pas été accompagné de prières comme cela est la tradition dans les familles chrétiennes. Sa mère , déjà absorbée par son guide sur la culture des tulipes, sa balançait rythmiquement sur son rocking chair. Son père décortiquait méthodiquement le mode d’emploi de son compas tandis que sa soeur était partie s’isoler dans sa chambre comme toutes adolescentes de 15 ans .Devant la fenêtre déjà givrée des rafales glaciales de l’hiver, Anna se retrouvait maintenant à penser que deux ans plus tôt jour pour jour, elle était en train de préparer sa valise  pour partir avec cette association au Kenya:

Elle avait peur d’oublier quelque chose. Elle n’osait imaginer la catastrophe qu’aurait provoqué l’oubli d’un papier important.  Ses certificats de vaccination, son passeport, le dossier explicatif sur l’association et l’adresse du lieu de rendez-vous,quelques photos de familles et de Pascal sans oublier une belle pile de livres qu’elle garderait pour ces soirées solitaires.

Après un dernier check-up du contenu de ses valises, Anna s’était accordée un moment de répis sous une bonne douche brûlante non sans se répéter pour la millième fois la liste complète de ce qu’elle devait emporter avec elle. Après une dernière bise à son père et une étreinte emplie de tendresse à sa mère, elle était allée se coucher tout en sachant que le sommeil serait long à venir. Déjà sous l’emprise de l’ivresse du voyage, Anna était surexcitée à l’idée de cette nouvelle découverte. Un pays inconnu, un mode de vie radicalement différent, en y pensant elle se sentait envahie d’un sentiment à la fois de terreur et de bonheur intense.

Tourner les pages de son livre sur  » les licornes en autarcie » n’arrivait pas à lui faire penser à autre chose qu’à son voyage désormais tout proche.

Ce fut tôt le lendemain matin, alors que seul le bruissement des arbres se faisait entendre, que la jeune femme s’était dirigée vers l’aéroport . Elle y avait retrouvé Pascal qui avait réussi par miracle à partir plus tôt du travail. Infirmier de nuit, elle ne savait quelle excuse il avait réussi à trouver pour s’éclipser, sa cadre étant des plus rigides concernant les horaires de travail.

Mille et un baisers et larmes plus tard, Anna était assise dans l’avion tentant de calmer sa tristesse de laisser Pascal ici alors qu’elle allait s’envoler pour l’Afrique. Mais il lui avait dit qu’il viendrait la voir bientôt. Le temps allait sûrement passer vite. Assise entre un homme au regard espiègle et une femme déjà en pleine lecture d’un article sur  » des remèdes aphrodisiaques pour votre couple, c’est possible » tiré du dernier Voici, Anna, elle, contemplait la carte de l’Europe sur laquelle l’avion prêt à décoller clignotait à intervalle régulier. Les stewards avait mis en route les téléviseurs retranscrivant le dernier match de rugby France-Nouvelle Zélande et étaient venus la voir pour s’assurer qu’elle avait bien commandé un déjeuner sans gluten. Une allergie qui l’obligeait à un contrôle de ses aliments quasi militaire.

La voix du pilote se fit entendre et l’avion décolla pour percer les nuages encore vaporeux de la matinée parisienne.

Des mots, une histoire… N°1

Olivia Billington nous propose chaque semaine une récolte de mots grâce auxquels chacun est libre de construire une histoire.

Je participe aujourd’hui pour la première fois et les mots imposés cette semaine sont :

tulipe – éléphant – calendrier – hiberner – panser – cachemire – romantique – réceptacle – malmener – féerie – sapin – possession – voyage – fondre – larme – esclavagisme – éphémère – lumineux – relèvement – santon – silence – chanter – frimas – métro

Enfin de retour à la maison pensait Anna. Même si ces deux années passées en dehors du sol français lui avaient dévoilées des facettes de sa personnalité insoupçonnées, elle n’en était pas moins heureuse de retrouver son pays, sa famille, ses amis, d’autant plus en cette période de fêtes toujours chère à son coeur. La féerie et la magie de Noël opéraient déjà dans les rues de Paris. Les marchés et les décorations des grands magasins offraient un spectacle pour tous les âges, les sapins s’illuminaient dès la nuit tombée faisant briller les yeux des enfants.

Eternelle romantique, Anna, au milieu de l’effervescence générale, repensait, nostalgique, à ces moments heureux partagés deux ans plus tôt avec Pascal juste avant qu’elle ne parte en Afrique. Si leurs destins ne les avaient pas séparés, ils seraient sûrement ensemble aujourd’hui entourés des cabanons lumineux des marchés, à déambuler parmis ces parisiens à la recherche des cadeaux de Noël, à décompter les jours sur le calendrier qui les séparaient de ce jour tant attendu des familles. Ils seraient encore ensemble tout simplement. L’euphorie éphémère des quelques jours précédant ce  25 Décembre n’empêcha pas Anna de verser une larme venue se fondre discrètement sur sa joue dèjà humide du frimas présent ce jour là.

La vie avec Pascal n’existait plus car elle avait voulu partir pour ce voyage au Kenya. Une action humanitaire visant l’instruction des jeunes enfants et l’alphabétisation des femmes. Ces deux années étaient passées tellement vite et avaient à peine réussi à panser la douleur de sa rupture avec Pascal.

La période de Noël là-bas n’avait rien à voir avec les traditions qu’elle avait reçue de sa mère en France. La chaleur écrasante de ce pays encore empreint des restes de l’esclavagisme britannique et les conditions de vie tellement différentes de ce qu’elle avait connu jusqu’alors lui avaient presque fait oublier sa vie parisienne. En effet, les balades à dos d’éléphants avaient de quoi dépayser cette jeune Anna qui n’avait guère été plus loin que la Bretagne et pour qui traverser Paris en métro relevait de l’expédition.

Descendant l’avenue qui la menait chez ses parents et encore sous l’effet des souvenirs de son voyage, Anna tenait bien fort contre elle le petit receptacle renfermant le santon que lui avait fait Tchiblepounde, ce jeune homme aux mains en or qui n’avait pas hésité à s’exécuter lorsque quelques jours avant son départ, Anna lui avait demandé de sculpter un santon pour sa soeur qui en faisait collection.Quel n’avait pas été son bonheur lorsqu’elle avait enfin vu le résultat! Une merveille de sculpture qu’elle avait désormais en sa possession et qu’elle devait à tout prix malmener le moins possible afin de ne surtout pas l’ébrécher. Emmitoufler dans son écharpe en cachemire, Anna tenait également sous son bras le cadeau pour son père, marin de profession. Il lui avait demandé un nouveau compas de relèvement, compas de navigation dont l’utilisation était, à l’évidence, bien trop compliquée pour elle. Sa mère aurait droit comme chaque année à un manuel sur les tulipes: leurs périodes de floraisons, leurs cultures, leurs entretiens, les tulipes n’avaient plus de secret pour elle mais malgré tout, elle aimait en apprendre d’avantage et aimait par dessus tout parcourir son livre pendant la période hivernale pour être bien préparée à l’arrivée du printemps. Anna adorait voir sa mère dans son coin du salon, le livre sur les genoux, presqu’en train d’hiberner, et lorsque le silence se faisait lourd, Anna arrivait presque à l’entendre chanter.