« Les contes défaits » d’Oscar Lalo

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Je vais vous parler aujourd’hui du premier roman d’Oscar Lalo. Un roman qui dérange de par son sujet mais sans que ce dernier ne soit mentionné. Des insinuations claires, des enfants terrorisés, Oscar Lalo maîtrise parfaitement l’art de l’indicible.

Quatrième de couverture:

« Peau d’âne, noire neige, le petit poussé…Il était zéro fois… C’est ainsi que commence les contes défaits.

L’histoire est celle d’un enfant et de l’adulte qu’il ne pourra pas devenir.

Je suis sans fondations. Ils m’ont bâti sur du néant. Je suis un locataire du vide, insondable et sans nom, qui m’empêche de mettre le mien. La page reste blanche car tout ce qui s’y inscrit s »évapore.

Sans rien dire jamais de ce qui ne se montre pas, loin de la honte et de la négation, Oscar Lalo convoque avec ses propres mots, pourtant universels, la langue sublime du silence…

Et c’est en écrivant l’indicible avec ce premier roman qu’il est entré de façon magistrale en littérature. »

Mon avis:

Notre narrateur nous confie une partie de son enfance. Ses étés passés en colonie dans ce que lui et les autres appellent le home d’enfant. Un lieu qui devrait stimuler l’imagination des enfants, leur offrir des souvenirs incroyables et joyeux. Au lieu de cela, ces enfants retournent chaque été dans cet endroit ou le directeur est bien trop proche de ces enfants…

« Le home d’enfants aurait dû s’appeler le paquebot. Ou le Titanic. Un Titanic insubmersible qui coulait ses occupants. »

Sans jamais dire les mots terribles qui décrivent ce que vivent ces enfants, Oscar Lalo nous décrit à la perfection l’angoisse et la peur dans laquelle vivent ces enfants, incapables d’en dire le moindre mot à leurs entourages.

Notre narrateur nous parle de son incapacité à être un adulte comme les autres, à construire la moindre relation, amicale ou amoureuse. Un handicap quotidien qu’il est bien résolu à affronter.

« En fait, ce coma, c’est un aquarium. Je suis constamment témoin d’un monde en marche qui se soucie fort peu de mon désistement. Je suis posé là, encastré, transparent, poisson castré. Au mieux, je décore. Le plus souvent, je gêne. Inutile. »

Poignant, terrifiant, ce roman à l’écriture maîtrisée nous dévoile le poids présent dans la vie de notre narrateur, des conséquences de ces étés sur sa construction et sa vie d’adulte.

« J’étais devenu sans m’en apercevoir celui qui ne dit plus jamais non à rien. A la fois acteur principal d’un film de figurants et spectateur de ma propre impuissance, je chariais des flots de violence contre moi. Ainsi, mon problème n’est-il pas de n’avoir rien construit dans ma vie mais d’avoir systématiquement tout détruit. C’est cette graine là qui fut plantée au home d’enfants. »

J’ai aimé ce roman sans pour autant avoir adoré, le sujet m’incommandant parfois. Mais l’écriture d’Oscar Lalo est à découvrir, incontestablement.

Bonne lecture!

« Les contes défaits », Oscar Lalo, Editions Belfond, Août 2016, 224 pages. 

 

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