Interview de l’auteur Manu Causse, auteur du roman « La 2CV verte »

manu causse

 

Il y a de cela, quelques semaines, j’ai eu la chance de rencontrer Manu Causse, auteur du roman « La 2CV verte », livre que j’avais beaucoup aimé, envoyé par les Editions Denoël.

Autour d’un café, j’ai fait la connaissance d’un homme sensible et passionné, d’un écrivain habité par la fibre littéraire et qui parle de son métier et de son roman avec amour et entrain.

Manu Causse a eu la gentillesse de répondre à quelques petites questions que voici:

 

Vous avez quitté l’Education Nationale pour écrire. Avez-vous toujours voulu devenir écrivain ?

Plus ou moins. En tout cas, il y a eu très tôt une envie, née peut-être de la passion de ma mère pour les livres – une façon détournée d’attirer son attention, ou bien de m’inscrire dans une certaine « mission » familiale, le rôle de celui qui raconte. Mais l’école nous rappelle très tôt que l’écriture n’est pas un métier, et c’est ainsi qu’au lieu de chercher à être écrivain, je suis devenu prof de Français. Ça m’a offert un travail, mais nettement bridé ma créativité par une forme d’autocensure. A 34 ans, j’ai vécu une histoire d’amour qui a réveillé en moi le besoin d’écrire. Elle est au centre de mon premier recueil de nouvelles, «  Petit livre des transports à l’usage du trentenaire amoureux ». C’était aussi la première fois que je montrais ce que j’écrivais.

Pourquoi écrire un livre sur le handicap ? Est-ce un sujet qui vous touche particulièrement ?

Pas directement, et ce n’est pas un thème que j’ai choisi de manière délibérée. J’ai simplement imaginé ce personnage d’enfant « différent », dont la pensée ne correspond pas à la nôtre. Dans l’écriture, ce qui m’attire, c’est cette capacité à entrer dans la tête de l’autre, comme par exemple dans les Vernon Subutex de Virginie Despentes où on suit les pensées de toute une galerie de personnages. Toutefois, penser comme Isaac était complexe ; je suis plus souvent du côté du père ou de ses alter egos, le gendarme, la mère, le vieux… Moins que la problématique du handicap, donc, c’est la question de l’altérité qui se pose dans La 2cv verte.

Avez-vous déjà rencontré des autistes ?

J’ai rencontré des personnes étiquetées sous ce terme, mais je l’ai seulement appris par la suite. Pour le reste, je me suis inspiré de mes lectures, des films, d’une vision presque extérieure de l’autisme.

Pourquoi aborder ce sujet sous la forme d’un conte ?

Ce n’est pas une démarche formelle volontaire. Au départ, c’était un scénario destiné à un auteur de bandes dessinées, parti de la rencontre d’un petit garçon triste près d’un bassin où nageaient des carpes. Le projet étant abandonné, je me suis décidé à en faire un roman. Je l’ai écrit en marchant, comme pour écouter le rythme et la musique des mots qui venaient. C’est de là qu’est né cette simplicité, ce côté presque oral qui le fait peut-être ressembler à un conte.

Du coup, cela rejoins un peu ma prochaine question. Dans quelles conditions vous-êtes vous mis pour créer les personnages et pour écrire ?

Je partais de chez moi avec mon carnet, je marchais en attendant que chaque phrase arrive – alors, je m’arrêtais pour la noter, et je recommençais. Le but de ce rituel était  de me vider la tête pour laisser venir le récit, les personnages. Créer un temps de latence pour que « ça » se fasse tout seul, pour que l’histoire et les mots se déroulent – même si, par la suite, j’ai beaucoup travaillé et corrigé ce premier jet.

Vous êtes vous-même père, certains passages du roman ont-ils été difficiles à écrire ?

Est-ce qu’un père a toujours, à  un moment ou un autre, l’envie de tuer son enfant ? Je le suppose. Ce rapport me fascine. L’écriture en elle-même n’a pas été particulièrement difficile – mis à part les hauts et les bas inhérents à un long projet – même si j’ai creusé dans mes sentiments et mes contradictions de père et de fils, parfois jusqu’aux larmes. Mais le fait d’écrire en marchant aidait aussi à réguler ces flots d’émotions.  Au fond, au-delà de la différence d’Isaac, je crois que j’ai parlé du fait, difficilement admissible au niveau des sentiments, que chaque enfant grandit et s’éloigne, devient une personne à la fois semblable et radicalement étrangère à ses parents – la relation d’altérité dans ce qu’elle a de plus complexe.

Un prochain roman est-il en cours ?

Oui je suis en train d’écrire un roman jeunesse : l’histoire d’un garçon qui apprend à vivre sans son père aux côtés d’une mère qu’il ne connaît pas, le tout sur fond de conflit écologique.

Comme je mène toujours plusieurs projets de front, j’écris aussi pour le théâtre et je traduis un roman policier. Mais je pense déjà à un prochain roman adulte qui mettrait en scène Marion, l’héroïne de La 2cv verte,  et se déroulerait à Toulouse, dans le milieu des squats.

 

 

Je remercie encore Manu Causse pour cette interview et pour ce moment de partage passionnant.

Voici aussi la belle dédicace;)

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2 réflexions sur “Interview de l’auteur Manu Causse, auteur du roman « La 2CV verte »

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