Des mots, une histoire… N°1

Olivia Billington nous propose chaque semaine une récolte de mots grâce auxquels chacun est libre de construire une histoire.

Je participe aujourd’hui pour la première fois et les mots imposés cette semaine sont :

tulipe – éléphant – calendrier – hiberner – panser – cachemire – romantique – réceptacle – malmener – féerie – sapin – possession – voyage – fondre – larme – esclavagisme – éphémère – lumineux – relèvement – santon – silence – chanter – frimas – métro

Enfin de retour à la maison pensait Anna. Même si ces deux années passées en dehors du sol français lui avaient dévoilées des facettes de sa personnalité insoupçonnées, elle n’en était pas moins heureuse de retrouver son pays, sa famille, ses amis, d’autant plus en cette période de fêtes toujours chère à son coeur. La féerie et la magie de Noël opéraient déjà dans les rues de Paris. Les marchés et les décorations des grands magasins offraient un spectacle pour tous les âges, les sapins s’illuminaient dès la nuit tombée faisant briller les yeux des enfants.

Eternelle romantique, Anna, au milieu de l’effervescence générale, repensait, nostalgique, à ces moments heureux partagés deux ans plus tôt avec Pascal juste avant qu’elle ne parte en Afrique. Si leurs destins ne les avaient pas séparés, ils seraient sûrement ensemble aujourd’hui entourés des cabanons lumineux des marchés, à déambuler parmis ces parisiens à la recherche des cadeaux de Noël, à décompter les jours sur le calendrier qui les séparaient de ce jour tant attendu des familles. Ils seraient encore ensemble tout simplement. L’euphorie éphémère des quelques jours précédant ce  25 Décembre n’empêcha pas Anna de verser une larme venue se fondre discrètement sur sa joue dèjà humide du frimas présent ce jour là.

La vie avec Pascal n’existait plus car elle avait voulu partir pour ce voyage au Kenya. Une action humanitaire visant l’instruction des jeunes enfants et l’alphabétisation des femmes. Ces deux années étaient passées tellement vite et avaient à peine réussi à panser la douleur de sa rupture avec Pascal.

La période de Noël là-bas n’avait rien à voir avec les traditions qu’elle avait reçue de sa mère en France. La chaleur écrasante de ce pays encore empreint des restes de l’esclavagisme britannique et les conditions de vie tellement différentes de ce qu’elle avait connu jusqu’alors lui avaient presque fait oublier sa vie parisienne. En effet, les balades à dos d’éléphants avaient de quoi dépayser cette jeune Anna qui n’avait guère été plus loin que la Bretagne et pour qui traverser Paris en métro relevait de l’expédition.

Descendant l’avenue qui la menait chez ses parents et encore sous l’effet des souvenirs de son voyage, Anna tenait bien fort contre elle le petit receptacle renfermant le santon que lui avait fait Tchiblepounde, ce jeune homme aux mains en or qui n’avait pas hésité à s’exécuter lorsque quelques jours avant son départ, Anna lui avait demandé de sculpter un santon pour sa soeur qui en faisait collection.Quel n’avait pas été son bonheur lorsqu’elle avait enfin vu le résultat! Une merveille de sculpture qu’elle avait désormais en sa possession et qu’elle devait à tout prix malmener le moins possible afin de ne surtout pas l’ébrécher. Emmitoufler dans son écharpe en cachemire, Anna tenait également sous son bras le cadeau pour son père, marin de profession. Il lui avait demandé un nouveau compas de relèvement, compas de navigation dont l’utilisation était, à l’évidence, bien trop compliquée pour elle. Sa mère aurait droit comme chaque année à un manuel sur les tulipes: leurs périodes de floraisons, leurs cultures, leurs entretiens, les tulipes n’avaient plus de secret pour elle mais malgré tout, elle aimait en apprendre d’avantage et aimait par dessus tout parcourir son livre pendant la période hivernale pour être bien préparée à l’arrivée du printemps. Anna adorait voir sa mère dans son coin du salon, le livre sur les genoux, presqu’en train d’hiberner, et lorsque le silence se faisait lourd, Anna arrivait presque à l’entendre chanter.

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19 réflexions sur “Des mots, une histoire… N°1

  1. Blablatine dit :

    Génial ! Tu as une vraie plume, je n’ai pas décroché de ton texte et même pas senti les mots imposés, franchement c’est top, surtout pour un premier essai ! Selon moi tu as bien fait de te lancer dans cette chasse aux mots, tu es douée 😉 PS : tu vois que tu n’écris pas que des histoires tristes, bien que ton histoire de séparation due à l’etranger me rappelle quelques souvenirs personnels !

    • douceurlitteraire dit :

      On verra ce que les mots de la semaine prochaine m’inspireront…merci pour ton commentaire, je suis vraiment contente que ça vous plaise surtout que c’est la première fois que je me livre à cet exercice d’écriture.

  2. marlène LE BRUN dit :

    Premier essai très prometteur.Bravo! Toujours difficile d’offrir ses mots… Merci pour le cadeau.

  3. Asphodèle dit :

    Bravo pour un premier essai, il est réussi ! Pas facile de faire des suites avec les mots imposés car souvent (ou parfois), ils nous inspirent autre chose… Mais tu maîtrises, tu devrais y arriver 🙂

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